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La synesthésie rend naturellement accessible à la conscience des associations de sens non habituelles. Cela pourrait justifier que beaucoup de synesthètes ont la fibre artistique. Dans l’histoire, certains artistes ne cachent pas leur souhait de devenir plus imaginatifs en consommant certaines substances. Un lien entre synesthésie et drogues hallucinogènes a alors été établi. C’est le cas de Charles Baudelaire, qui explique dans Les paradis artificiels, les bienfaits du haschich et de l’opium sur sa productivité. Consommer certaines drogues reviendrait à passer par un palier synesthésique aussi appelé palier sensoriel, lors duquel des consommateurs ont pu voir la musique et entendre des images.  

 

 

 

TOUS SYNESTHÈTE ? 

Cependant, la synesthésie qui découle de la prise de drogues, diffère de la synesthésie développementale. Tout simplement car celle-ci ne se manifeste que sur une courte durée. Vérifier que la synesthésie artificielle s’apparente trait pour trait à une synesthésie naturelle est logiquement impossible puisque les chercheurs ne se positionnent que sur des expériences rapportées. Le meilleur moyen de comparer les deux types de synesthésie serait alors de recueillir le témoignage d’un synesthète ayant consommé des drogues hallucinogènes. Dans ce cas de figure, nous pouvons nous demander si le sujet arrive consciemment à différencier synesthésie artificielle et réelle synesthésie. Là encore s'ajoute la complexité du phénomène, particulièrement difficile à décrire. 

À propos

SYNESTHÉSIE - L’art des sens est un webdocumentaire visant à mettre en avant le phénomène de la synesthésie et plus particulièrement lors du processus artistique. Ce travail journalistique a été produit par Margaux Plisson et Annabelle Rochet, étudiantes en Master 2 Journalisme et Médias Numériques à l’université de Lorraine (2020-2022).

Remerciements 

Un immense merci à nos interlocuteurs, Emmanuel Taron, Alice Mélard, Sylvia, Vincent Mignerot, Christophe Rodo, Émilie Caspar, Éléonore Willot et Fabien Hauw pour leurs témoignages si précieux. 

 

Nous tenons à remercier tout particulièrement Séverine Garcia de nous avoir conseillé du début à la fin sur la conception graphique de notre projet. Merci également à nos intervenants lors de cette dernière année de master ainsi qu’à notre responsable Jean-François Diana


Nos derniers remerciements se tournent vers nos camarades de promotion du MJMN sans qui SYNESTHÉSIE aurait eu une tout autre saveur. Un merci particulier à Suzanne Jusko pour nous avoir soutenues alors que le projet n’était qu’un bout de papier, à Benjamin Cornuez pour ses contacts bisontins ainsi qu’à Yann Besson pour avoir incarné Théodore Flournoy, à Arthur Hoeltzel pour ce logo dont nous sommes si fières et à Julien Rieffel pour nous avoir guidé dans Racontr. 

Contact

@AnnabelleRochet

@MargauxPlisson

@Synesthesiedoc

Le premier - développé par Simon Baron-Cohen, Maria Wyke et Collin Binnie, en 1987 - consiste à mesurer la constance test-retests des associations. Le but de ce test est de demander à des synesthètes et à des non-synesthètes leurs associations, puis de leur redemander plus tard et de les comparer. “Un synesthète qui perçoit un A rouge à 10 ans le percevra toujours rouge à 60 ans. Ce type d’étude a alors montré qu’après un an, des synesthètes étaient à plus de 90% de constantes tandis que des sujets de contrôles qui arrivent tout de même à faire des associations tombent après une semaine, voire un mois à 30% de ré-associations correctes”, développe Emilie Caspar, professeure en neurosciences cognitives et sociales. Mais les tests de constances se sont révélés imparfaits car plusieurs personnes présentant pourtant toutes les caractéristiques d’un synesthète n’obtiennent pas un score élevé et inversement. 

 

Enfin, l’imagerie médicale peut être utilisée pour observer les différences d’activation des zones du cerveau en fonction des tâches demandées, notamment lors de la lecture de mots pour les synesthètes graphème-couleur ou encore de l’écoute de musique chez les synesthètes ayant l’audition colorée… Le but de l’IRM est d’affirmer ou d’infirmer les théories présentées précédemment. Pour Christophe Rodo, cela reste tout de même compliqué pour confirmer une synesthésie : “Même si tous les cerveaux sont construits de la même façon, dans les détails tous les cerveaux sont différents qu’on soit synesthète ou non.” Trouver ces différences, c’est pourtant le pari que font actuellement Laurent Cohen, professeur et neurologue, et Fabien Hauw. Tous les deux mènent une étude sur les synesthètes qui perçoivent des sous-titres lorsqu'ils entendent.

Une autre manière de vérifier une synesthésie serait de faire des tests en incluant l’effet Stroop. Dans ce type de tests, les sujets doivent identifier la couleur d’un mot en faisant abstraction de sa signification. Il s’agit par exemple de lire le mot rouge alors qu’il est écrit en bleu ou un mot vert en rouge. Chez les synesthètes, les temps de réponse observés sont plus longs lorsque la couleur dans laquelle le mot est écrit ne correspond pas à la couleur qu’ils associent à ce même mot. En effet, leurs associations se déclenchent automatiquement et rendent difficile la lecture. C’est également le cas chez les synesthètes ayant l'audition colorée : si on leur demande de nommer la couleur d’une tâche rouge alors qu’ils sont en train d’écouter un son produisant une sensation de bleu, cela va les perturber et allonger leur temps de réponse. Mais ce type de tests a ses limites car des non-synesthètes peuvent aussi rencontrer des difficultés à ignorer les couleurs.

TESTER SA SYNESTHÉSIE

Ni Emmanuel, ni Alice, ni même Sylvia n'ont effectué de tests pour savoir s’ils sont véritablement synesthètes. La raison est plutôt simple : “Aujourd’hui, il n’existe pas de tests magiques pour affirmer si oui ou non une personne est synesthète et par quel type de synesthésie elle est touchée", affirme Christophe Rodo, vulgarisateur scientifique. Plusieurs tests ont cependant été développés pour tenter de confirmer la présence d’expériences synesthésiques.

Audition colorée : association d’une couleur à un son

 

Synesthésie sous-titre : la personne concernée visualise des sous-titres lorsqu’elle entend une personne parler et lorsqu’elle s’exprime